Cette année, une expérimentation inédite est menée dans le cadre du programme Carbone Scol’ERE : pour la première fois en France, un enseignant anime lui-même les ateliers auprès de sa classe. Rencontre avec Roland Coste et sa classe de CM1, à l’école élémentaire Alphonse Daudet, à Montluel (01). Enseignant…
2026-03-26
Enseignant
depuis 22 ans, Roland Coste a cette année fait le choix de s’embarquer
dans une nouvelle aventure : s’approprier le programme Carbone Scol’ERE pour
l’intégrer directement dans son projet pédagogique. Une démarche singulière,
née d’une rencontre avec le dispositif l’année précédente :
« L’an dernier, une animatrice est intervenue dans l’école. Le
contenu m’a semblé très intéressant. Cela faisait déjà plusieurs années que je
travaillais personnellement sur les questions de transition écologique et
d’évolution de société. Quand j’ai vu le contenu du programme, j’ai
immédiatement perçu des liens possibles avec mon projet de classe. »
Plutôt que de constituer une intervention ponctuelle, le programme a ainsi trouvé sa place dans une démarche éducative déjà engagée.
Un projet de classe tourné vers 2030
Dans la classe de Roland Coste, l’année scolaire est construite autour d’un
projet intitulé « Score Planète » : « Notre classe
fonctionne comme un vaisseau spatio-temporel. Nous voyageons vers 2030, en
référence aux “2030 Glorieuses” (concept popularisé par Julien Vidal). Nous
imaginons une société ayant réussi sa transition : moins d’objets, mais plus de
liens, plus de temps et plus de qualité de vie. »
Les
élèves commencent l’année avec 1000 points représentant leur impact écologique.
Au fil des défis et des actions, ils doivent perdre ces points. « Moins, c’est
mieux » : une inversion symbolique qui permet de réfléchir autrement à la
notion de progrès.
« L’objectif est d’atterrir symboliquement en 2030 pour organiser
une “fête du vivant” », explique l’enseignant. Dans cette perspective,
Carbone Scol’ERE est venu enrichir une démarche déjà structurée autour de
l’éducation à l’environnement et de l’imaginaire d’un futur désirable.
De
l’intervention extérieure à l’appropriation pédagogique
L’idée que Roland Coste anime lui-même le programme est venue naturellement
au sein de l’équipe pédagogique de l’école élémentaire Alphonse Daudet. « Ce
sont mes collègues qui m’ont suggéré de le faire. Elles ont estimé que, compte
tenu de mon engagement sur ces sujets, je pouvais porter le programme avec
dynamisme. »
L’enseignant a alors suivi la formation en ligne pour prendre en main
l’ensemble des contenus. « J’y ai passé énormément de temps. Je voulais
tout maîtriser. J’ai fait des captures, des copies… j’ai presque recréé tout le
site en version documentaire. »
En classe, il choisit d’assumer cette posture d’apprentissage : « J’ai annoncé aux élèves que j’étais “débutant” sur ces ateliers. Je pense que c’est important de l’assumer. »
Zoom sur un
atelier auprès d’élèves déjà très engagés
En
atelier, l’ambiance de classe donne rapidement le ton : les élèves participent
volontiers et n’hésitent pas à partager leurs idées.
Habitués
à travailler sur les questions environnementales, ils prennent la parole
facilement. Roland Coste veille à donner la place à chacun, relance les
échanges et encourage les élèves à rebondir sur les propositions de leurs
camarades. Les discussions sont animées mais structurées : l’enseignant recadre
les échanges avec aisance, fort de sa connaissance fine du groupe.
À l’aise avec les supports pédagogiques du programme (diaporama,
carnet d’enquête, activités collectives) il les utilise comme une base qu’il
enrichit régulièrement par ses propres connaissances sur les enjeux
écologiques.
Lorsque
la séance aborde la question des déchets et du recyclage, il interroge les
élèves sur les objets inutilisés qu’ils pourraient avoir chez eux. Les réponses
fusent : jouets oubliés, vêtements devenus trop petits, objets laissés au fond
d’un placard. L’enseignant saisit immédiatement cette matière pour prolonger la
réflexion collective :
« Je vois qu’il y a plein d’élèves qui ont chez eux des objets
qu’on n’utilise pas. Je vais voir quel projet on pourrait mettre en place pour
les valoriser. »
Ce type d’échange illustre l’un des apports possibles d’une animation
portée par l’enseignant lui-même : la possibilité d’intégrer les discussions
dans une dynamique de classe déjà installée et de transformer les idées des
élèves en projets concrets.
Des effets
progressifs chez les élèves
Au
fil des séances, Roland Coste observe une évolution progressive des pratiques,
une « acculturation ».
Dans la classe, plusieurs changements ont déjà émergé : suppression progressive
du plastique, suppression des tubes de colle jetables, mutualisation de
matériel, et même pesée régulière des déchets !
Ces évolutions s’inscrivent dans une réflexion plus globale
menée tout au long de l’année autour de l’impact écologique des objets du
quotidien.
L’enseignant constate également que certains anciens élèves
poursuivent leur engagement plus tard.
« J’ai appris
que des anciens élèves deviennent délégués EDD au collège. Je ne peux pas dire
qu’il y a une causalité directe, mais on observe des continuités. »,
témoigne-t-il humblement.
Un modèle
aussi prometteur qu’exigeant
Contenus riches, films courts adaptés aux élèves, défis concrets
et outils pédagogiques structurés… L’enseignant montluiste reconnaît de
nombreux atouts au programme Carbone Scol’ERE, et particulièrement son
intégration possible à des approches pédagogiques variées.
Au
sujet de l’appropriation des ateliers par d’autres profils d’enseignants, il
argumente : « L’exercice que je pratique cette année avec le programme peut
s’intégrer dans vos propres passions et vos propres sensibilités. Chacun peut
apporter son expertise et son point de vue sur le programme. Par exemple, un
enseignant féru de littérature va pouvoir renforcer le contenu du programme
Carbone Scol’ERE par des lectures en réseau. Un autre, féru d’Histoire, va
pouvoir ajouter pour chaque grande époque (Antiquité, Moyen-âge, …) quelques
lignes sur la gestion des déchets ou le lien des habitants avec leur
environnement, etc. »
Si cette expérimentation ouvre des perspectives intéressantes,
Roland Coste rappelle qu’elle repose aussi sur un investissement important,
notamment de nombreuses heures passées à s’approprier les contenus.
Ce
retour souligne l’importance du rôle des
animatrices et animateurs du réseau, qui permettent à de nombreuses
classes de bénéficier du programme sans nécessiter une préparation aussi
approfondie de la part des enseignants.
Une
expérimentation inspirante
Cette première expérimentation d’ « enseignant
autonome » montre la capacité du programme Carbone Scol’ERE à s’intégrer
dans des projets pédagogiques ambitieux et à nourrir des démarches éducatives
déjà engagées. Elle illustre également la diversité des façons de faire vivre l’éducation
à la transition écologique à l’école.
Nous
remercions chaleureusement Roland Coste pour son engagement et pour le temps
consacré à cette expérimentation, qui contribue à faire évoluer et enrichir le
programme !