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Quand un enseignant s’approprie Carbone Scol’ERE : une expérimentation pédagogique inédite

Cette année, une expérimentation inédite est menée dans le cadre du programme Carbone Scol’ERE : pour la première fois en France, un enseignant anime lui-même les ateliers auprès de sa classe. Rencontre avec Roland Coste et sa classe de CM1, à l’école élémentaire Alphonse Daudet, à Montluel (01).

 

Enseignant depuis 22 ans, Roland Coste a cette année fait le choix de s’embarquer dans une nouvelle aventure : s’approprier le programme Carbone Scol’ERE pour l’intégrer directement dans son projet pédagogique. Une démarche singulière, née d’une rencontre avec le dispositif l’année précédente :

« L’an dernier, une animatrice est intervenue dans l’école. Le contenu m’a semblé très intéressant. Cela faisait déjà plusieurs années que je travaillais personnellement sur les questions de transition écologique et d’évolution de société. Quand j’ai vu le contenu du programme, j’ai immédiatement perçu des liens possibles avec mon projet de classe. »

Plutôt que de constituer une intervention ponctuelle, le programme a ainsi trouvé sa place dans une démarche éducative déjà engagée.

Un projet de classe tourné vers 2030

Dans la classe de Roland Coste, l’année scolaire est construite autour d’un projet intitulé « Score Planète » : « Notre classe fonctionne comme un vaisseau spatio-temporel. Nous voyageons vers 2030, en référence aux “2030 Glorieuses” (concept popularisé par Julien Vidal). Nous imaginons une société ayant réussi sa transition : moins d’objets, mais plus de liens, plus de temps et plus de qualité de vie. »

Les élèves commencent l’année avec 1000 points représentant leur impact écologique. Au fil des défis et des actions, ils doivent perdre ces points. « Moins, c’est mieux » : une inversion symbolique qui permet de réfléchir autrement à la notion de progrès.

« L’objectif est d’atterrir symboliquement en 2030 pour organiser une “fête du vivant” », explique l’enseignant. Dans cette perspective, Carbone Scol’ERE est venu enrichir une démarche déjà structurée autour de l’éducation à l’environnement et de l’imaginaire d’un futur désirable.

 

De l’intervention extérieure à l’appropriation pédagogique

L’idée que Roland Coste anime lui-même le programme est venue naturellement au sein de l’équipe pédagogique de l’école élémentaire Alphonse Daudet. « Ce sont mes collègues qui m’ont suggéré de le faire. Elles ont estimé que, compte tenu de mon engagement sur ces sujets, je pouvais porter le programme avec dynamisme. »

L’enseignant a alors suivi la formation en ligne pour prendre en main l’ensemble des contenus. « J’y ai passé énormément de temps. Je voulais tout maîtriser. J’ai fait des captures, des copies… j’ai presque recréé tout le site en version documentaire. »

En classe, il choisit d’assumer cette posture d’apprentissage : « J’ai annoncé aux élèves que j’étais “débutant” sur ces ateliers. Je pense que c’est important de l’assumer. »


Zoom sur un atelier auprès d’élèves déjà très engagés

En atelier, l’ambiance de classe donne rapidement le ton : les élèves participent volontiers et n’hésitent pas à partager leurs idées.

Habitués à travailler sur les questions environnementales, ils prennent la parole facilement. Roland Coste veille à donner la place à chacun, relance les échanges et encourage les élèves à rebondir sur les propositions de leurs camarades. Les discussions sont animées mais structurées : l’enseignant recadre les échanges avec aisance, fort de sa connaissance fine du groupe.

À l’aise avec les supports pédagogiques du programme (diaporama, carnet d’enquête, activités collectives) il les utilise comme une base qu’il enrichit régulièrement par ses propres connaissances sur les enjeux écologiques.

Lorsque la séance aborde la question des déchets et du recyclage, il interroge les élèves sur les objets inutilisés qu’ils pourraient avoir chez eux. Les réponses fusent : jouets oubliés, vêtements devenus trop petits, objets laissés au fond d’un placard. L’enseignant saisit immédiatement cette matière pour prolonger la réflexion collective :

« Je vois qu’il y a plein d’élèves qui ont chez eux des objets qu’on n’utilise pas. Je vais voir quel projet on pourrait mettre en place pour les valoriser. »

Ce type d’échange illustre l’un des apports possibles d’une animation portée par l’enseignant lui-même : la possibilité d’intégrer les discussions dans une dynamique de classe déjà installée et de transformer les idées des élèves en projets concrets.

 

Des effets progressifs chez les élèves

Au fil des séances, Roland Coste observe une évolution progressive des pratiques, une « acculturation ». Dans la classe, plusieurs changements ont déjà émergé : suppression progressive du plastique, suppression des tubes de colle jetables, mutualisation de matériel, et même pesée régulière des déchets !

Ces évolutions s’inscrivent dans une réflexion plus globale menée tout au long de l’année autour de l’impact écologique des objets du quotidien.

L’enseignant constate également que certains anciens élèves poursuivent leur engagement plus tard.

« J’ai appris que des anciens élèves deviennent délégués EDD au collège. Je ne peux pas dire qu’il y a une causalité directe, mais on observe des continuités. », témoigne-t-il humblement.

 

Un modèle aussi prometteur qu’exigeant

Contenus riches, films courts adaptés aux élèves, défis concrets et outils pédagogiques structurés… L’enseignant montluiste reconnaît de nombreux atouts au programme Carbone Scol’ERE, et particulièrement son intégration possible à des approches pédagogiques variées.

Au sujet de l’appropriation des ateliers par d’autres profils d’enseignants, il argumente : « L’exercice que je pratique cette année avec le programme peut s’intégrer dans vos propres passions et vos propres sensibilités. Chacun peut apporter son expertise et son point de vue sur le programme. Par exemple, un enseignant féru de littérature va pouvoir renforcer le contenu du programme Carbone Scol’ERE par des lectures en réseau. Un autre, féru d’Histoire, va pouvoir ajouter pour chaque grande époque (Antiquité, Moyen-âge, …) quelques lignes sur la gestion des déchets ou le lien des habitants avec leur environnement, etc. »

Si cette expérimentation ouvre des perspectives intéressantes, Roland Coste rappelle qu’elle repose aussi sur un investissement important, notamment de nombreuses heures passées à s’approprier les contenus.

Ce retour souligne l’importance du rôle des animatrices et animateurs du réseau, qui permettent à de nombreuses classes de bénéficier du programme sans nécessiter une préparation aussi approfondie de la part des enseignants.

 

Une expérimentation inspirante

Cette première expérimentation d’ « enseignant autonome » montre la capacité du programme Carbone Scol’ERE à s’intégrer dans des projets pédagogiques ambitieux et à nourrir des démarches éducatives déjà engagées. Elle illustre également la diversité des façons de faire vivre l’éducation à la transition écologique à l’école.

Nous remercions chaleureusement Roland Coste pour son engagement et pour le temps consacré à cette expérimentation, qui contribue à faire évoluer et enrichir le programme !